C’est un parcours riche et atypique que celui d’Alexandre Guyot, qui reprend cette année le rôle de délégué OSIRIS pour le Finistère, succédant à Daniel Thomas. Le Breton d’adoption — marin, sous-marinier, hydrographe, commandant de port et régatier passionné — met aujourd’hui son expérience accumulée aux quatre coins du monde au service des coureurs côtiers de son département. Installé désormais à l’Aber Wrac’h, il entend contribuer à dynamiser l’activité Habitable dans un territoire au patrimoine vélique exceptionnel mais confronté à de nouveaux défis.
Un marin aux mille vies
L’histoire maritime d’Alexandre Guyot n’ait pas né que sur les pontons de régate : dans la Marine nationale, où il sert d’abord comme sous-marinier. Après plusieurs années passées sous la surface, il rejoint le SHOM, le Service hydrographique et océanographique de la Marine. Quinze années durant, il y exerce un métier de précision qui le mène de Bretagne à Tahiti, de Nouméa au Bangladesh. « J’ai pas mal voyagé », résume-t-il avec simplicité, alors que son parcours témoigne d’une vie entière tournée vers l’océan.
À chaque retour en Bretagne, il retrouve son autre passion : la régate. Figaro, Half Tonner, Tours du Finistère… et c’est sur les plans d’eau qu’il croise la route de Daniel Thomas, futur délégué OSIRIS Finistère, avec qui naît une amitié durable.
En 1998, Alex quitte la Marine. Sa carrière civile le conduit successivement au port de Bordeaux comme hydrographe, puis en Guyane au service phares et balises. Il devient ensuite officier de port : Le Havre, Cherbourg, puis Lorient, où il passe quatre années comme commandant du port, avant de terminer sa carrière comme commandant en second au Havre.
Un parcours professionnel où la voile n’est jamais loin : « À Lorient, on est sur un site privilégié pour la voile… et j’ai toujours beaucoup navigué », raconte-t-il. Son dernier bateau, un Armagnac baptisé « Kikibigoudi », l’accompagne sur de nombreuses régates locales.
Retour aux sources finistériennes
Installé depuis un an et demi à l’Aber Wrac’h, Alex continue d’être très actif dans le milieu nautique. Arbitre, contrôleur équipements pour les courses au large, bénévole au club… C’est justement lors d’une Transmanche qu’il recroise Daniel Thomas.
« Il m’a proposé de le remplacer comme délégué OSIRIS. Je lui ai dit que j’allais essayer — et je sais qu’il sera là pour m’aider quand j’aurai des questions », confie Alex avec humilité.
Le passage de relais est récent, mais les premières missions s’annoncent déjà : accompagner les clubs, valider les contrats de jauge, aller à la rencontre des régatiers en début de saison.
Le Finistère, un bastion en plein renouvellement
Le Finistère a longtemps été une terre d’habitable extrêmement dynamique. Alex se souvient : « Dans les années 90–2000, il y avait beaucoup de monde sur les régates. Une super ambiance. » Mais la réalité actuelle est plus nuancée : baisse du nombre de bateaux, coût croissant de la plaisance, difficulté à recruter des équipiers — en particulier des jeunes, attirés par des pratiques jugées plus “fun”. Certains formats cependant retrouvent de la vigueur, comme le pourtant ancestral Tour du Finistère. D’autres mériteraient d’être réinventés : « Les courses par étapes, voir même les Rallyes, itinérants, encadrés, avec des moments de convivialité, ça marche très bien. Ça attire les croiseurs. Il faut revenir à des formats adaptés. » Alex sait que l’un des enjeux sera de réconcilier sportboats et croiseurs, dont la cohabitation a parfois découragé certains propriétaires, soucieux de préserver leur bateau.
OSIRIS : un outil essentiel
Avec son regard d’arbitre, de marin et de technicien, Alex porte sur la jauge OSIRIS un jugement à la fois lucide et constructif.
« Elle permet à des bateaux très différents de courir ensemble. Ce n’est pas parfait, il y en a toujours qui se sentent lésés, c’est difficile d’être juste pour tous dans toutes les conditions de vent de mer ou de parcours. »
Il le rappelle, la performance d’un bateau dépend aussi de son entretien, de son carénage, de ses voiles, de l’équipage : « C’est un tout. » Pour lui, la jauge OSIRIS demeure un pilier du paysage régatier français : « L’essentiel, c’est que ça permette à tout le monde de naviguer ensemble. Quand on regarde les résultats sur toute une saison, c’est cohérent. »
Un nouveau délégué tourné vers le terrain et le dialogue
Alex Guyot prévoit de démarrer sa fonction au contact direct des régatiers : « En début de saison, je vais essayer d’aller sur les départs de courses pour rencontrer les gens, me présenter, discuter. »
Avec son expérience maritime exceptionnelle, son ancrage dans le tissu local et sa volonté d’accompagner les coureurs plutôt que de les contraindre, il aborde ce nouveau rôle avec une énergie tranquille et un solide sens marin. Avec lui, le Finistère peut compter sur un délégué OSIRIS passionné, attentif, et profondément attaché à la convivialité qui fait l’âme des régates habitables.