En devenant ce dimanche 25 janvier 2025 l’équipage le plus rapide autour du monde, Thomas Coville, Benjamin Schwartz, Frédéric Denis, Pierre Leboucher, Léonard Legrand, Guillaume Pirouelle et Nicolas Troussel s’offrent un record qui n’avait plus été battu depuis neuf ans et treize tentatives. Ce temps de 40 jours, 10 heures et 45 minutes et 50 secondes* appartient désormais à l’histoire. Leur cohésion, leur abnégation et leur humilité tout au long de ce tour du monde sont les meilleures illustrations des valeurs insufflées au quotidien par Sodebo. Ce succès célèbre le collectif, l’audace, la solidarité et la fidélité, ce que défend Sodebo avec passion en course au large depuis 1998.
Ils ont enfin pu lâcher la barre, les quarts, leur concentration extrême et ce qui fait leur vie depuis plus d’un mois. Ce dimanche matin, les sept marins de Sodebo Ultim 3 ont laissé exploser leur joie et savouré, surtout, leur incroyable performance, les émotions et le vertige qui vont avec. Pour la première fois depuis neuf ans et treize tentatives, un équipage est parvenu à battre le record autour du monde à la voile. En bouclant leur tentative en 40 jours, 10 heures et 45 minutes et secondes, ils réalisent un exploit de géant malgré des conditions beaucoup moins propices que celles de leur prédécesseur, IDEC Sport (en 2017). C’est aussi le premier trimaran volant à boucler un tour du monde sans escale. Mais ce succès est loin d’être seulement une affaire de chiffres et de statistiques. C’est une incroyable aventure humaine, le fruit d’un travail collectif de longue haleine basé sur des valeurs communes.
« À bord, il y a une confiance mutuelle » (Thomas Coville)
« Cet exploit, c’est le résultat de la belle histoire que l’on écrit depuis 27 ans avec Thomas », confie ce dimanche Patricia Brochard, co-présidente de Sodebo. Ces marins et toute l’équipe à terre démontrent pour elle « ce qui est important au quotidien dans notre entreprise ». « Ils ont avancé et grandi ensemble comme nos salariés qui s’attachent à faire grandir Sodebo ». Un état d’esprit qui s’insuffle aussi dans l’engagement de l’entreprise en course au large depuis 1998 et son soutien inconditionnel à l’équipe menée par Thomas Coville.
La quête du Trophée Jules Verne est en effet une des meilleures illustrations de la pugnacité et de la force de conviction chez Sodebo. L’équipe a tenté sa chance à quatre reprises ces six dernières années (une fois en 2020, deux fois en 2024 et cette année 2025). Malgré les deux tentatives avortées l’an dernier – l’une à l’équateur, l’autre dans l’océan Indien – la cohésion et la solidarité au sein de l’équipage étaient déjà particulièrement fortes. Et ils savaient qu’ils avaient cette histoire commune à terminer ensemble. C’est chose faite ! Ce n’est pas un hasard si tous les marins qui étaient de l’aventure l’an dernier ont souhaité repartir cet hiver, se replonger dans un défi aussi exaltant qu’incertain. Rapidement, ils ont retrouvé leurs automatismes en mettant leurs compétences et leur savoir-faire au service de l’intérêt commun. « À bord, il y a une confiance mutuelle entre nous, assure Thomas Coville. Le facteur X, c’est le fait que le geste des uns amène le geste des autres, que le courage des uns entraîne celui des autres ».
Entre audace, constance et résistance
Avant de s’élancer, tous savaient qu’il fallait faire preuve d’audace et provoquer, aussi, ce zeste de réussite et de chance primordial dans ce type de tentative. Les « Sodeboys » l’ont démontré d’entrée de jeu en profitant d’une fenêtre météo intéressante après seulement quatre jours de stand-by. S’ils ont réussi un départ canon, ils ont ensuite bataillé : contrairement à IDEC Sport en 2017, ils ont dû rallonger la route et s’adapter face à des enchaînements météo loin d’être idéaux. À titre d’exemple, l’équipage de Francis Joyon avait traversé l’océan Indien sans réaliser un seul empannage alors qu’il en a fallu plus d’une vingtaine pour Sodebo Ultim 3 !
Le long contournement de l’anticyclone de Sainte-Hélène dans l’Atlantique Sud, la présence d’icebergs, et les dizaines d’empannages dans les mers du Sud, l’avarie d’amure de J0 au retour, la traversée de la tempête Ingrid : tout au long de leur tentative, rien n’aura été facile. Mais leur sérieux, leur résistance et leur constance, tout comme leur bonne humeur communicative, ont façonné leur tour du monde et menés jusqu’à cet incroyable record.
Une joie à la hauteur de l’exploit
Une performance de haute volée jusqu’au dernier bord, entre Ouessant et le cap Lizard, avant de franchir la ligne à près de 40 nœuds et enfin d’exulter et de lâcher prise. Les conditions sont devenues plus clémentes, une éclaircie a percé la grisaille et les marins ont enfin pu lâcher prise. Enfin, ils pouvaient profiter et prendre progressivement la mesure de leur exploit. Progressivement, ils ont aperçu des dizaines de bateaux, des visages familiers, ceux des proches, de l’équipe, des collaborateurs de Sodebo. À l’approche du port, ils ont vu ces centaines de spectateurs, massés tout au long de la rive et autour du quai Malbert. À chacun ses retrouvailles, ses larmes, ses sourires, ses embrassades. Les familles sont ensuite montées à bord, le champagne a été sabré, la communion avec le public a été totale. Pour leurs premiers pas à terre, ils ont eu le droit à une haie d’honneur formée par les spectateurs jusqu’à la scène où ils sont revenus sur leurs exploits. Les sept fantastiques – que Thomas appelle “le sept majeur” – ont ainsi commencé à renouer avec la terre avec le cœur léger et la certitude que la fête ne fait que commencer.
LES SEPT MARINS RACONTENT LE TOUR DU MONDE
La prouesse collective par Thomas Coville :
« Un projet comme ça, c’est le projet d’une vie. On voit passer les années, les échecs, les constructions pour aboutir à ce graal. Quand on le réalise avec des personnes d’univers différents, qui acceptent de se battre avec la même envie et la même détermination, c’est fantastique. On vit ça très rarement dans une vie. Je tiens à remercier l’équipe technique pour tout le travail en amont. Sodebo Ultim 3 est devenu le premier Ultim à boucler le tour du monde sans s’arrêter. Et jusqu’à la dépression Ingrid, on n’a quasiment rien abîmé sur le bateau ! À bord, dans notre petite capsule, il y a une forme de respect qui nous a tous animés et qui nous a permis d’aller au bout. Et à l’arrivée, il y a une incroyable joie collective. »
Le départ et la descente de l’Atlantique par Benjamin Schwartz :
« Le départ, ça a été le premier choix difficile de ce tour du monde. Au cours de la semaine précédente, on a décidé de ne pas prendre la fenêtre météo. Et le samedi, Philippe Legros (responsable de la cellule routage) nous dit que c’est vraiment une belle opportunité. Le lendemain, on regarde et on se dit « on n’a pas le choix, il faut y aller ». L’équipe technique a fait un incroyable travail, on a tout chargé dans le bateau et on est partis le lundi (15 décembre). Et l’avance qu’on a eue à l’équateur (4 jours 4 heures 2 min 25 sec) a été un trésor. Ça a été déterminant pour battre le Trophée Jules Verne. »
Le passage des caps par Léonard Legrand :
« À chaque cap, il y a toujours beaucoup de joie et d’émotions. Mais c’est rapide parce qu’il y a toujours du travail et qu’il ne faut pas s’assagir ! Quoi qu’il en soit, ce sont de supers moments à vivre. Nous avons eu la chance à chaque point intermédiaire de marquer un nouveau temps de référence, sauf à l’antiméridien. À chaque fois, on le voyait s’afficher sur Wikipedia. C’est très symbolique, comme en Formule 1 quand on allume les secteurs violets… Mais ce sont des souvenirs qui resteront ! »
Le cap Horn par Nicolas Troussel :
« Le cap Horn, c’était magique, un grand moment. On a eu de la chance de passer de jour, avec du gros temps. On a pu passer un peu de temps dehors pour l’admirer. Dans la vie d’un marin, c’est un moment très fort et un aboutissement. Et puis ça nous a permis de passer du temps tous ensemble parce que finalement, on se croise plus qu’autre chose entre les quarts. »
La remontée de l’Atlantique Sud par Guillaume Pirouelle :
« Quand on franchit le cap Horn, on a tendance à se dire qu’on est bientôt arrivé mais Thomas nous avait prévenu qu’il ne fallait pas nous relâcher. Les routages ont été pessimistes jusqu’à l’équateur, on se disait qu’on allait perdre notre avance. Il a fallu s’accrocher. On a réussi à passer deux transitions mieux qu’attendu, ce qui nous a permis d’être un peu plus rapide qu’espéré. Mine de rien, ça faisait plus de 30 jours qu’on naviguait et le bateau commençait à fatiguer. On a eu une frayeur avec la casse de l’armure de J0 qui aurait pu avoir de plus graves conséquences. Mais on a su garder le rythme ! »
La dépression Ingrid et l’arrivée, par Frédéric Denis :
« Nous avions déjà plus de 35 jours de mer et on avait réussi à conserver de l’avance par rapport à IDEC Sport. La remontée dans l’alizé a été rapide mais chahutée. Ensuite, nous avons dû faire face à la dépression Ingrid qui nous barrait la route. Ce n’était vraiment pas facile à négocier et il y avait forcément de l’appréhension à ramener le bateau en un seul morceau. On sentait les vagues virulentes contre la coque et on sait que cela peut arracher des morceaux du bateau. On a su faire les bons choix et garder notre sang-froid. Ça nous a permis de tenir bon jusqu’au bout et de nous offrir ce record ! »
La joie de l’arrivée, par Pierre Leboucher :
« Ça fait vraiment du bien d’arriver ! Les dernières heures ont été compliquées à cause du passage de la tempête. Nous avions tous confiance dans le bateau mais on savait aussi que la casse pouvait survenir à tout moment. Mais on a tenu bon jusqu’au bout. Globalement, ça s’est toujours très bien passé entre nous, même si on a vécu 40 jours dans une petite zone de vie. Nous étions tous concentrés sur l’objectif, c’était vraiment chouette ! Tous nos proches sont venus, j’ai de la famille de Paris, des amis de Toulouse, mes voisins… Avec l’accueil du public, la chaleur humaine qu’on a ressentie ici à Brest, c’est juste incroyable et très émouvant ! »