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Les bateaux éco-conçus, un pas vers un monde plus durable

L’éco-conception des bateaux fait de plus en plus d’adeptes dans le milieu de la course au large. Précurseur en la matière, Roland Jourdain est l’un des premiers coureurs au large à avoir pris le virage de la fibre végétale il y a plus de dix ans.

« La volonté d’utiliser des matériaux plus propres est née dans les années 2000/2010 à force d’observer l’état des océans en faisant le tour du monde. A l’époque, le milieu n’était pas très proactif. Le BE course au large de Kaïros (l’entreprise fondée par Roland Jourdain en 2007, ndlr) a évolué vers un BE environnement dédié aux matériaux composites biosourcés ayant un moindre impact environnemental, y compris dans le cadre d’une activité terrestre », explique le skipper-chef d’entreprise. Après avoir construit des surfs et SUP en fibre de lin, Kaïros est allé plus loin il y a neuf ans avec Gwalaz, le premier trimaran en biocomposites au monde privilégiant la fibre de lin à la fibre de verre. Et utilisant d’autres matériaux biosourcés tels que le liège, le balsa et une résine avec 30% de molécules végétales. D’autres bateaux, dont les Mojito 888 et 650, ont ensuite vu le jour. Et le Kairlin, matériau thermoplastique 100% recyclable et compostable breveté par Kaïros, a été lauréat du JEC Composites Innovation Award cette année.

 

« Changer notre manière d’agir »

 

Après avoir créé en 2013 le fond de dotation Explore avec Sophie Vercelletto, Roland Jourdain a poussé la recherche plus loin avec We Explore, un catamaran Outremer 5X intégrant plus d’un hectare de fibre de lin. L’idée : démontrer qu’une approche écoresponsable n’empêche pas la recherche de performance en s’alignant au départ de la Route du Rhum - Destination Guadeloupe. « Explore est un incubateur, un centre d’entraînement pour l’exploration du monde de demain. L’idée est de travailler la technique, mais aussi nos usages et comportements à terre comme en mer. Il ne suffit pas d’inventer des techniques moins impactantes, il faut aussi changer notre manière d’agir. Avec ce bateau, l’objectif est d’éveiller les consciences, d’ouvrir des voies, de montrer que c’est possible et que le plus grand nombre s’en empare. Mais aussi d’expliquer que tout ce que l’on fait a un impact. Les produits biosourcés sont une partie de la solution, mais il reste beaucoup de choses à inventer, notamment au niveau des usages. Et dans tous les cas il faut privélégier la construction de bateaux durables », ajoute-t-il.

 

La course au large, véritable laboratoire de R&D

 

D’autres chantiers et écuries de course au large misent également sur l’éco-conception, à l’instar de Lalou Multi, engagé dans une stratégie RSE et de modification majeure des process de construction des bateaux de compétition. Le Class40 Captain Alternance de Kéni Piperol, dernier né du chantier, est en effet le premier de sa génération à être 100% recyclable et à utiliser des matériaux issus de recyclage. Fruit de plus de cinq ans de recherche, « Captain Alternance est un démonstrateur d’une rupture technologique majeure », comme l’expliquait Lalou Roucayrol en janvier dernier. Le bateau bénéficie en effet de l’innovation majeure pour l’environnement qu’est la résine thermoplastique recyclable Elium développée par Arkema. Une résine qui permet de fabriquer des composites thermoformables et thermosoudables permettant aux pièces d’être façonnées grâce à un procédé évitant le recours aux colles. Cette matière peut ensuite être recyclée et réutilisée sous l’effet de la chaleur.

 

Damien Seguin a lui aussi franchi un cap en intégrant des pièces fabriquées à partir de matériaux alternatifs tels que la résine biosourcée, la fibre de lin, le balsa, le PET (même matière que les bouteilles d’eau en plastique recyclable, ndlr) ou encore des résines biosourcées à au moins 30% de ce qu’impose la jauge IMOCA à bord de Groupe Apicil. Une action qui s’inscrit dans le cadre de la démarche environnementale entreprise par le skipper et son équipe dans l’optique de limiter l’utilisation de matériaux non renouvelables et non recyclables. Mais aussi dans la lignée de l’engagement de son sponsor-titre, qui a fait de l’environnement l’un des piliers de sa responsabilité sociétale, ou encore du Groupe ATF, le nouveau partenaire officiel et technique de Damien. « Je suis convaincu qu’à un moment, il faut montrer que nous sommes capables de changer, d’évoluer et de s’adapter aux enjeux environnementaux. Même si ce n’est qu’une goutte d’eau dans l’océan, c’est toujours bien de faire cette démarche pour ne pas utiliser du carbone ou de l’époxy qui malheureusement ne sont ni récupérables, ni renouvelables, expliquait récemment le skipper handisport. De plus, ce sont des matériaux qui coûtent de plus en plus chers. Donc je pense que c’est bien d’aller dans ce sens-là, de montrer l’exemple car nous sommes une classe professionnelle ».

 

De son côté, le Lab, laboratoire d’innovation durable dédié à la R&D de MerConcept, 

l’écurie de course au large de François Gabart, a été mandaté par Erplast pour concevoir un prototype d’Optimist à base de fibre de lin et de résine partiellement biosourcée avec le soutien de la Région Bretagne : l’Optiflax, ce qui représente un pas de plus vers la transmission auprès du monde maritime. Selon MerConcept, l’utilisation de matériaux biosourcés permettrait d’être moins impactante sur l’indicateur du réchauffement climatique. Il reste néanmoins nécessaire de réaliser une analyse de cycle de vie pour quantifier les impacts liés aux procédés et identifier d’autres voies d’amélioration. La présentation de l’Optiflax lors de la Coupe Internationale de Printemps de la classe Optimist en avril dernier a offert un coup de projecteur au bateau qui a vocation à servir à l’apprentissage de la voile mais aussi à sensibiliser les futurs skippers aux problématiques environnementales.

 

Autant d’initiatives qui témoignent d’une réelle prise de conscience dans le milieu de la voile et d’une volonté d’innover et de trouver des solutions alternatives qui pourront ensuite être, pour certaines, déclinées à destination des bateaux grand public.

 

« Nous observons avec attention l’utilisation des fibres végétales et les autres éléments plus respectueux de l’environnement dans la construction des bateaux. Nous espérons que l’éco conception des bateaux se multipliera dans les années à venir et que les différents chantiers français les intégreront dans leur processus de construction pour encore plus renforcer leur position de leader mondial de l’industrie nautique. Nos clubs sont attentifs et très sensibles à toute cette thématique de préservation de l’environnement et si des solutions viables leur sont proposées, ils sauront engager le renouvellement de leurs flottes en ce sens. Dans un autre domaine, nous travaillons, avec les équipes de Tribord, pour limiter l’impact écologique de la production lorsque nous codéveloppons de nouveaux produits. Banque Populaire, notre Partenaire Officiel, nous soutient aussi dans cette démarche, ce qui nous a permis de produire toute notre visibilité en 2022 à partir de fibres recyclées. Dans nos clubs, nos professionnels et bénévoles sensibilisent leurs pratiquants et leurs membres à prendre conscience du terrain de jeu sur lequel ils évoluent et à faire évoluer leurs usages pour le préserver. Nous pouvons tous faire plus ou mieux, mais le mouvement est lancé et nous devons tous y participer. » conclut Anne Dos Santos, Secrétaire Générale de la FFVoile et Vice-Présidente en charge de la RSE.